L'Église Sainte-Marie de Veade conserve une partie importante de l'architecture romane qui nous renvoie immédiatement à l'existence d'un bâtiment d'un grand apparat pendant ce temps. Toutefois, et en dépit de son caractère régional, ces éléments constituent l'une des meilleures œuvres de nos artisans romans.
L'origine de cette Église était un petit ermitage, fondé sur une propriété privée, qui, au XIIIe siècle, était liée au lignage des Guedeões. L'inscription, gravée sur une pierre de taille de granit, en est le témoignage. Cette pierre fut encastrée sur le mur latéral nord de la nef de l'Église, près du portail, à gauche : SUB : Era : Mª : Cª2 : X’ª : VIIª / OBIIT : FAMULA : DEI / MIONA : DOLDIA : GOMEZ
Il s'agit de l'inscription funéraire de Dórdia Gomes qui, en étant ici appelée Miona, serait une personne avec une position sociale élevée. Les désignations Miona, Miana ou Meana, dérivent de l'expression mea domina ou mea domna qui n'étaient utilisées que dans un groupe restreint de femmes nobles du XIIe ou XIIIe siècle.
À leur haut rang social s'associait la pitié car, très souvent, elles étaient à l'origine de la création de maisons monastiques. Dórdia, décédée en 1159, était possiblement liée à l'origine de l'institution monastique qui est désignée par les "Inquirições" [enquêtes administratives] de 1220 comme monasterium de Bialdi, bien que l'Église de Veade soit déjà un temple paroissial à cette époque.
Malgré les incertitudes au sujet de cette figure féminine, qui est enterrée à Veade, il existe une référence ultérieure qui lui est absolument associée. Les "Inquirições" [enquêtes administratives] de 1258 mentionnent le nom Dórdia Peres de Aguiar, plutôt connue comme la mère du maître de Saint-Jacques, Peres Paio Correia.
Cette dame de la noblesse régionale était l'arrière- petite-fille du premier élément du lignage des Guedeões ou Guedaz, dont les domaines s'étendaient entre la région du Douro, Minho et Trás-os-Montes. Le chanoine Gomes Alvites, qui appartenait à la famille de Dórdia, vendit, avant 1258, d'une manière inattendue, l'Église et toutes les fermes à l'Ordre de l'Hôpital.
En connaissant le système des églises privées, qui perpétuaient des droits et des biens aux descendants d'un certain fondateur, il est étrange de voir un seul individu prendre le contrôle d'un vaste patrimoine qui devrait appartenir à plusieurs.
L'Église, qui fut d'abord un petit temple, définie comme monasterium de Biadi par les "Inquirições" [enquêtes administratives] du roi Afonso, serait un ermitage avec des servitudes pour les ermites, d'une typologie commune aux premières cénobies de famille, qui étaient occupés soit par des membres de la famille, soit confiés à la gestion d'étrangers qui se dévouaient à la vie dans la solitude ou en petits groupes.
L'ermitage fut sans doute soumis à des travaux d'agrandissement, pour le rendre plus noble, et ceci peut-être en raison de l'intervention des Guedeões, notamment par la main de Gomes Alvites qui était lié au clergé de Braga. D'ailleurs, la structure actuelle en garde encore des parties importantes.
Cependant, l'investissement le plus remarquable dans l'espace ecclésial serait, plus tard, de la responsabilité des commandeurs de Moura Morta, qui recevaient les rendements de l'Église et présentaient le prieur ou vicaire de l'église paroissiale et, plus tard, le curé de la filiale, annexée ou suffragante.
Comme l'explique l'auteur du mémoire de 1758, "la fabrique de l'église paroissiale et de l'église annexe et des églises est à la charge et aux dépens des patrons". Ceux-ci, représentés par le commandeur, ne se sont pas abstenus d'y laisser leur marque et symboles d'autorité et de prestige. En raison, probablement, de la nécessité de rationaliser la gestion du patrimoine commendataire, dispersé et vaste, Veade rejoint la commanderie de Moura Morta.
La paroisse qui appartient aujourd'hui à la ville de Peso da Régua, a été le siège de l'une des commanderies de l'Ordre de Malte, qui, au XVIIe siècle, rapportait 113$352 réis (ancienne monnaie portugaise), remis à l'époque à Luís Coutinho [évêque de Viseu et plus tard archevêque de Lisbonne].
Parmi les commandeurs de Veade, nous soulignons le nom de Diogo de Melo Pereira (déc. 1666), qui a fait construire les maisons de la commanderie en 1641, comme en témoigne l'inscription sous les armoiries : ESTAS CAZAS MAN/ DOU FAZ[ER] O COM[ENDAD]º[R] / DIOGO DE MELLO P[ERE]Y[R]A / DE BERTIANDOS. / NO. ANNO DE / 1641 [Ces maisons ont été construites sous les ordres du commandeur Diogo de Mello Pereyra de Bertiandos. Année 1641].
Après ce commandeur, le moine Martim Álvaro Pinto fut le bailli qui mena à bien la réforme de la petite Église médiévale, suivant le goût des temps modernes, ce qui reflète bien l'origine et le statut de son mentor.
L'inscription sur le portique de l'Église de Veade, réalisée sous les ordres du commandeur Martim Álvaro, nous indique un peu plus sur son origine : ESTA IGR.A MANDOV REEDIFICAR DE NO / VO. O COMENDADOR FR MATIM [SIC] ALVARO PINTO / DAFONS.A E SOUZA DA CAZA DE CALVILHE / ANO 1732 [Cette église fut reconstruite sous les ordres du moine Martim [sic] Álvaro Pinto Dafonso e Souza de la famille de Calvilhe. Année 1732].
C'est donc autour de cette famille et de l'institution de l'Ordre de Malte que nous devons comprendre les importantes réformes engagées dans l'Église de Veade au XVIIIe siècle et qui contredisent, en quelque sorte, ou qui minimisent l'idée que les commandeurs se gavaient des revenus qui leurs étaient impartis, sans aucune contrepartie.
L'investissement dans de nouvelles constructions ou reconstructions, bien que coûteux, permettait à leurs mentors de laisser une marque de prestige et de pouvoir, encourageant, très souvent, l'afflux de fidèles, de pèlerins ou d'offrants à un nouvel espace ou à un espace rénové.